Hésitation vaccinale chez le personnel de santé au Cameroun : complexité et challenges

Selon une étude menée par l’université américaine John Hopkins, 40% des camerounais étaient en faveur de la prise de vaccin en 2020. Toujours dans le même sens, le Programme Elargi de Vaccination du Cameroun (PEV) , a mené une étude en 2020 dans les 10 régions du Cameroun, en plus de Yaoundé et Douala considérés comme des Régions. Cette étude ayant pour rôle d’évaluer l’acceptabilité de la vaccination dans la population avec essentiellement 3 cibles : les leaders communautaires, la population générale et le personnel de santé.

Cette étude a confirmé les hypothèses pressenties : La moitié des personnels de santé interrogés n’accepteraient pas le vaccin. Déconcertant n’est-ce pas ? Ceux qui sont censés expliquer à la population générale les mécanismes et avantages du vaccin contre le covid19 sont réfractaires à celui-ci. Comment communiquer efficacement pour que la population adhère à cette mesure essentielle de riposte à la pandémie, alors que nous ne sommes pas convaincus du bien-fondé de cette mesure? Qu’est ce qui peut justifier ce constat froid de l’indifférence des professionnels de santé vis-à-vis de la vaccination contre le covid19 ? Jusqu’où peuvent aller les conséquences de cette hésitation vaccinale chez le personnel de santé ? Il est important de revenir sur cette question d’hésitation vaccinale au sein du personnel de santé afin de cerner les raisons de celle-ci et de proposer des pistes de solution.

L’OMS définit l’hésitation vaccinale comme un « retard dans l’acceptation ou le refus des vaccins malgré la disponibilité des services de vaccination ». C’est un phénomène complexe, spécifique au contexte et variant selon le moment, le lieu et les vaccins. Selon le modèle 3C de l’hésitation vaccinale de l’Organisation Mondiale de la Santé, elle inclut certains facteurs comme la complaisance, la commodité et la confiance.

Hésitation vaccinale chez le personnel de santé au Cameroun

L’hésitation vaccinale n’a rien de nouveau, en réalité, elle est aussi ancienne que la vaccination. En Europe au 18ème siècle, beaucoup considéraient la vaccination comme « allant à l’encontre du plan de Dieu ». Le siècle suivant a été témoin de l’émergence de la Ligue anti-vaccination en Grande-Bretagne. Au début du 20ème siècle, dans certains environnements africains, les autorités coloniales ont contraint les populations à se faire vacciner, provoquant la résistance.

Le groupe de travail a défini les déterminants de l’hésitation vaccinale autour de trois domaines :

  • Influences individuelles et de groupe : perceptions personnelles des vaccins ou influences de l’environnement social
  • Influences contextuelles : facteurs historiques socioculturels, environnementaux, du système de santé/institutionnels, économiques ou politiques.
  • Vaccin et vaccination : questions liées aux caractéristiques du vaccin, au développement du vaccin ou au processus de vaccination.

D’autres facteurs comportementaux sont susceptibles d’influer sur l’adoption du vaccin, notamment la complaisance (perception du risque, gravité de la maladie), les sources d’informations, les caractéristiques sociodémographiques, le niveau d’engagement des populations envers la culture du risque ainsi que leur niveau de confiance dans les autorités sanitaires et la médecine conventionnelle.

L’hésitation vaccinale est plus que jamais d’actualité. Elle est présente de façon quasi-quotidienne dans la pratique du personnel de santé.

En effet, l’hésitation chez ceux-ci a un double enjeu. Non seulement envers eux-mêmes, mais elle contribue également à renforcer et nourrir l’hésitation vaccinale chez la population générale qui considère le personnel de santé quelque peu comme modèle en matière de pratique de santé.

Les principales raisons évoquées par le personnel de santé justifiant cette hésitation vaccinale sont quasi identiques qu’à celles retrouvées par Tristan Petit dans l’étude : Déterminants de l’hésitation vaccinale : thèse qualitative auprès de patients du Sud-Ouest :

  • Perte de sens de la vaccination : perception de la balance bénéfice-risque qui s’est inversée.
  • Remise en question de l’efficacité vaccinale : mise en doute de l’efficacité des vaccins.
  • Minimisation du risque vis-à-vis du Covid19 : certaines personnes préfèrent prendre le risque de contracter la maladie plutôt que de s’exposer au risque de toxicité ou d’effet secondaire du vaccin. Cette minimisation est alimentée par les réseaux sociaux et par certains sites internet qui véhiculent des informations inexactes sous couvert de faux arguments scientifiques.
  • Crainte des effets secondaires : à court, moyen et long terme.
  • Sentiment de sous-déclaration des effets secondaires
  • Impression de manque de recul sur la vaccination : d’autant plus que le vaccin est récent, le sentiment de manque de recul est majoré par l’extension de l’obligation vaccinale.
  • Un lien entre vaccination et conditions de travail : si mon employeur m’incite à me faire vacciner, ça ne m’encourage pas, voire ça me dissuade. Est-ce que j’obéis ? Est-ce que j’ajoute cet effort ? S’interroge une aide-soignante. Cas de l’hôpital général de Yaoundé.
  • « Contraindre plutôt que de convaincre serait le signe d’une défaite qui démontre la crise de crédibilité qui affecte les autorités ». Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale.
  • La méfiance vaccinale : la méfiance ou la défiance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques, des pouvoirs publics, et des experts scientifiques est un des facteurs principaux de l’hésitation vaccinale.

La communication d’informations cohérentes et scientifiquement exactes peut modérer une certaine hésitation vaccinale, mais la confiance vaccinale ne peut s’améliorer que si des efforts sont mis en œuvre pour accroître la confiance du public et du personnel de santé dans l’efficacité et l’innocuité du vaccin, dans les interventions en matière de santé publique, dans les systèmes de santé et dans le gouvernement en général.

Hemes Nkwa /Alexandre Walker le Grand

Cet article a été soutenu par le programme WanaData de Code for Africa dans le cadre du challenge Data4COVID19 Africa organisé par l’Agence française de développement (AFD), Expertise France et The GovLab.


Posted by Yoheda

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *