Pourquoi les femmes camerounaises ne veulent pas se faire vacciner contre le covid19?

Il y’a quelques semaines, j’ai dû me rendre à Ngoumou, dans le département de la Mefou Akono, région du Centre du pays. Je savourais le plaisir retrouvé des voyages dans les transports en commun après des mois de restriction. Je dois avouer que j’avais presque sombré dans la paranoïa. Comprenez-moi, avec le lot d’informations sur covid19, où donner de la tête ? On en reparlera dans un prochain article. 

Ayant patienté 30 min, nous avons finalement embarqué au lieu habituel à la station sise au marché de Nsam. Cela dit les passagers étaient impatients et vociféraient des injures en toutes langues contre le chauffeur, l’agence et même le chef de l’État… Chemin faisant, à quelques kilomètres de Ngoumou, nous sommes stoppés par une barrière de contrôle mixte. Policiers et gendarmes chargés de vérifier l’identité des divers voyageurs, se rassurer de la non dangerosité des bagages et de contrôler le respect des mesures préventives notamment le port du masque.

« Je suis l’officier A. Jeannette du commissariat de Ngoumou. Descendez tous vous laver les mains, il y’a un point d’eau et du savon prévus à cet effet. Puis présentez chacun vos cartes nationales d’identité.»

Dans le car, tous essayent tant bien que mal de s’exécuter.

Voyant les passagers tous en règle, madame l’officier n’est pas suffisamment rassurée : « Vous avez votre chance aujourd’hui. Attendez quand on va exiger le vaccin de la maladie des blancs là. Je verrais si vous serez tous nickels. »

Je compris à cet instant qu’il y avait encore beaucoup à faire en matière de la communication sur le vaccin contre le covid19.

«  Toi-même tu es déjà vaccinée ? » lança une passagère zélée, curieusement soutenue par sa voisine.

« Pour faire quoi avec ? Pardon ne dérangez pas les gens. » lança la belle policière en toisant le passager.

Je souris. Quelques jours plus tôt, je sortais d’une séance d’information avec le Programme Élargi de Vaccination (PEV) où les résultats d’une étude sur l’acceptabilité étaient présentés ainsi que sur les données issues de la campagne de masse de vaccination contre le covid19. Le constat était intriguant : bien que les femmes fussent plus favorables que les hommes à la vaccination, celles-ci ne se faisaient pas vacciner dans la pratique. Pour quelles raisons ?

Les femmes plus réticentes que les hommes pour le vaccin contre le covid19

Le graphique est dynamique. Cliquez sur un point ou une région pour avoir les détails sur les chiffres.

État de la couverture vaccinale chez les femmes dans les 10 Régions du Cameroun au 02 octobre 2021

La carte est dynamique. Cliquez sur un point ou une région pour avoir les détails sur les chiffres.

Perceptions, appréhensions des femmes face au vaccin contre le covid19

Loin d’avoir la prétention de faire une étude qualitative en bonne et due forme, nous avons interrogé quelques femmes issues d’horizons variés pour comprendre les raisons derrière les performances inquiétantes de la vaccination chez les femmes.

Les réponses qui ressortent le plus sont :

  • Je ne pense pas avoir besoin de vaccin contre le covid19
  • Je ne fais pas confiance au gouvernement,
  • Je ne sais pas si le vaccin contre le covid19 est efficace,
  • Je n’aime pas les vaccins
  • Je préfère attendre et voir s’il n’est pas dangereux et me faire vacciner plus tard
  • Je m’inquiète des éventuels effets secondaires d’un vaccin contre le covid19 notamment des troubles de fécondité

Nous avons également donner la voix à des responsables de formations sanitaires et de districts de santé hommes ou femmes. Voici quelques extraits de discussions :

« Certains ont peur de l’effet à long terme sur la santé, la fertilité, d’autres sont sous informés, pas intéressés. Il y’a une faible connaissance sur les avantages et surtout les inconvénients de ce vaccin. » note un médecin

« Les femmes sont catégoriques dans mon district de santé, car pour elles, ça rend stériles. Aussi, dans la région du grand nord, la décision revient encore à l’homme. La communication sur les effets à long terme n’est pas encore bien vulgarisée. C’est là où la cellule de communication du Ministère de la Santé Publique doit s’appuyer. » précises un chef de district de santé.

« Elles ont peur de ne plus enfanter si elles se font vacciner. De plus, quel est l’avantage de se faire vacciner ? Le vaccin est comme tout médicament, il peut avoir des effets secondaires, il faudra présenter tous ces effets aux femmes. De plus les réseaux sociaux disent beaucoup de choses donc il faut la vraie information. » explique une femme médecin qui elle-même, selon ses confidences, n’a pas encore reçu le fameux vaccin.

« Les Manifestations Adverses Post Immunisations (MAPI) observées chez les proches n’encouragent pas d’autant plus que la prise en charge des MAPI est entièrement à ta charge. Il faudrait peut-être, à défaut de la gratuité, trouver un moyen d’amortir les charges tout au moins pour les MAPI sévères/modérées. Il y’a une méconnaissance par exemple de la gestion des MAPI. De plus, on ne sait si elles sont prises en charge par la formation sanitaire, la personne ou par un autre mécanisme. »

Un autre responsable quant à lui, nous explique les raisons de ce refus chez les femmes : « Les femmes, plus que les hommes, sont dans une psychose car elles se demandent si c’est vraiment une bonne chose de faire ce vaccin. Celles qui sont en âge de procréer se demandent si cela ne va pas jouer sur leur avenir concernant la conception, celles qui sont plus âgées se demandent si vu leur état elles pourront supporter et seront vraiment à l’abri des effets néfastes. »

Pour finir, un autre professionnel de santé nous explique qu’il s’est fait vacciner et nous donne sa petite idée sur la faible adhésion des femmes au vaccin covid19 : « Étant Chef de District il y a quelques mois, s’il n’y avait pas la pression administrative dont j’ai également été victime et si j’étais une femme je devais réagir pareillement. et même, en plus des informations contradictoires et la psychose régnante, nourrie par les campagnes de désinformation dont certaines font l’objet, on a plus du mal (nous de la santé) à les convaincre de l’accepter. »

Pour que les femmes prennent les choses en main

Vu cette situation, Il parait intéressant de tenir compte du genre dans la communication liée au covid19.

Les femmes ont des spécificités qui leur sont propres. Le contexte, la physiologie, la société imposent des particularités qu’on ne saurait ignorer.

Il faut tenir compte des canaux de sensibilisation propres à la gent féminine. Passer à travers les groupes de femmes, les chorales, les tontines, les instituts de beauté et autres regroupements de femmes. Et ceci de façon constante. Il faut également dans les messages spécifier les aspects qui pourraient les intéresser. Revenir encore et toujours sur la question de fécondité qui semble être une des raisons les plus importantes de rejet.

Il faut animer le débat et faire des études plus poussées pour en apprendre davantage.

Espérons qu’avec la troisième campagne d’intensification de la vaccination qui se tiendra du 27 au 31 octobre 2021 sur toute l’étendue du territoire national, les femmes se feront plus vaccinées. Il est donc nécessaire de bien renforcer la communication en mettant un accent sur la sensibilisation basée sur le genre.

Hemes Nkwa

Cet article a été soutenu par le programme WanaData de Code for Africa dans le cadre du challenge Data4COVID19 Africa organisé par l’Agence française de développement (AFD), Expertise France et The GovLab.

Posted by Yoheda

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