Une publication sur les réseaux sociaux depuis le début du mois de novembre 2025, laisse croire qu’éjaculer 21 fois par mois réduit le risque de cancer de la prostate. Après vérification, aucun consensus scientifique n’existe sur cette méthode de prévention.
Une image en circulation sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, X (ancien Twitter), Tik Tok et transférée plusieurs fois dans les groupes WhatsApp, présente une femme souriante portant un ensemble traditionnel bleu et un foulard assorti. Elle porte des lunettes et se tient sur un fond entièrement bleu, avec un ruban bleu en transparence, symbole des campagnes de sensibilisation liées à la santé masculine (notamment le cancer de la prostate). En haut de l’image, on lit le texte « Novembre Bleu ». En bas, un texte en blanc affirme une recommandation liée au cancer de la prostate : « Il faut éjaculer 21 fois par mois pour réduire le risque de cancer de la prostate. Mesdames, encouragez vos hommes à se faire dépister. ». Ce message tente de sensibiliser au dépistage, mais il repose sur une donnée non validée scientifiquement telle qu’énoncée. Cette publication intervient dans le contexte de la célébration de novembre bleu dédiée à la sensibilisation et la lutte contre le cancer de la prostate.

L’image transférée plusieurs fois dans les groupes WhatsApp
Vérification
Pour faire la lumière sur cette publication, une recherche par mot-clé est effectuée sur Google. Selon les résultats de cette recherche par mot-clé, une étude de l’université de Havard, publiée dans la revue European Urology en 2016 et menée par Jennifer R. Rider, professeure adjointe d’épidémiologie, et ses collègues, auprès de 31 925 hommes qui ont été suivis pendant dix-huit ans, le constat est clair : « la fréquence d’éjaculation entre 20 et 29 ans ou entre 40 et 49 ans est significativement associée à une réduction d’environ 25 % du risque intermédiaire de cancer de la prostate en comparant les hommes qui déclaraient 13 éjaculations ou plus par mois à ceux qui en avaient de 4 à 7 par mois ». D’après les mêmes résultats de recherche par mots-clés, une autre étude parue en 2018 dans journal of sexual medecine montre l’inverse et dit plutôt que c’est le fait d’avoir peu de partenaire, peu d’éjaculation protégeait du risque d’avoir un cancer de prostate.
L’analyse des experts
Face à ces études, le discours des spécialistes de santé est largement nuancé. Ils mettent en garde contre une interprétation péremptoire. Tout d’abord, le Dr Vincent de Paul Mama, urologue interviewé au journal télévisé du 20h30 de la CRTV du 4 novembre 2025 sur le cancer de la prostate, évoque le rejet de l’hypothèse par la communauté scientifique : « Il y avait une hypothèse qui avait été émise par une équipe de recherche selon laquelle en ayant 20 éjaculations par semaine, on pouvait se prémunir du cancer de la prostate. Les conclusions n’ont pas été satisfaisante ».
Interrogé sur les moyens de prévention, lors de l’émission « Le Club » sur Life TV, le 18 novembre 2025 avec pour thème : « Cancer de la prostate et santé sexuelle masculine », le Dr Konan Kevin, Chirurgien-urologue au service d’urologie du CHU de Cocody parle comme le précédent expert d’absence de consensus scientifique. « Malheureusement non. On n’a pas encore de consensus. On n’a pas encore trouvé d’études. On a eu des pistes de recherche, des recherches ont été faites ici et ailleurs, mais on n’a pas encore trouvé d’éléments qui mettent d’accord tout le monde, qui soit statistiquement et scientifiquement prouvé, qui dit que ça, si on fait, on aura pas. Il y a plein de choses qu’on entend, notamment, il y a eu l’hypothèse de l’éjaculation, il y a eu l’hypothèse du sport, de certains aliments. En soit, ce sont des trucs qui sont bons pour tout. C’est bon pour la santé, parce que pour l’hypothèse du sport, lorsqu’on dit qu’on n’est pas en bonne forme physique, on va tendre vers l’obésité et ça favorise plein de maladie, évidement les cancers, pas seulement le cancer de la prostate », déclare le SGA de la société d’urologie de Côte d’Ivoire.
Le Dr Frantz Epoupa, Chirurgien-urologue, sur Canal 2 International, dans l’émission Checkup, du 25 novembre 2025, l’effet protecteur potentiel du taux d’éjaculation élevé est relatif insiste sur la hiérarchie des facteurs de risque, notamment les facteurs majeurs et facteurs mineurs qui rendent négligeable l’impact d’une fréquence éjaculation élevée. « Les facteurs mineurs sur le plan alimentaire, comme certains aliments comme la tomate, qui a un effet protecteur de la prostate pourrait réduire, mais si vous les facteurs majeur, vous êtes âgé, vous avez dans la famille quelqu’un qui a eu le cancer, vous êtes noir, vous êtes un facteur à risque, même si vous avez 21 éjaculations par mois pourrait avoir un effet bénéfique. C’est-à-dire que peut-être en éjaculant, vous avez un renouvellement, tout simplement, c’est-à-dire que la prostate en travaillant normalement, constamment, peut avoir un effet protecteur, mais si vous un facteur de risque clair, ce sera difficile », explique-t-il.
Enfin, le Dr. Walid MEKEDDEM dans une courte vidéo sur Youtube, note que ces études établissent un lien statistique et non un lien de cause à effet définitivement prouvée. Il pense que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre complètement le mécanisme exact.
Verdict
L’affirmation selon laquelle un nombre élevé d’éjaculations protège du cancer de la prostate est trompeuse. Bien qu’elle s’appuie sur une étude réelle, cette étude ne démontre qu’une corrélation et non une causalité. Le consensus actuel parmi les urologues, est que ce lien n’est pas prouvé scientifiquement et ne constitue pas une stratégie de prévention fiable. Les facteurs de risque avérés (âge, génétique, origine) restent les éléments déterminants sur lesquels se base la médecine. Toutefois, les spécialistes recommandent le dépistage du cancer de la prostate.
Chancelin WABO
