- Le virus ne circule pas seul… nos comportements y contribuent
Dans les quartiers populaires de Douala, dans les zones périurbaines de Yaoundé et jusque dans certaines localités de l’Est, une même réalité se répète silencieusement : des personnes développent des lésions cutanées qu’elles assimilent parfois à une simple varicelle et tardent à consulter.
Pourtant, le Mpox circule activement au Cameroun depuis plusieurs mois. Bien que certains symptômes puissent ressembler à ceux de la varicelle, cette maladie virale peut entraîner des complications graves, voire le décès dans certains cas lorsqu’elle n’est pas prise en charge rapidement [1].
Pourquoi ce retard à consulter ? Parfois par ignorance des symptômes, souvent par peur d’être stigmatisé, ou simplement parce que le risque est sous-estimé [2, 3].
Et c’est précisément dans ces hésitations que le virus trouve l’occasion de se propager.
Depuis le 14 novembre 2025, le Cameroun fait face à une recrudescence persistante des cas de Mpox. Au 06 juin 2026, sept régions sur les dix que compte le pays ont déjà notifié des cas, avec la région du Littoral, notamment la ville de Douala, comme principal foyer épidémique.
Cette situation révèle une réalité préoccupante : le Mpox n’est plus une menace sporadique. Il s’installe progressivement dans certaines chaînes de transmission communautaire, confirmant que le virus trouve des conditions favorables à sa circulation dans plusieurs localités du pays.
2. Une épidémie autrefois zoonotique qui devient communautaire
Longtemps considéré comme une zoonose sporadique transmise principalement de l’animal à l’homme, le Mpox a profondément évolué dans sa dynamique épidémiologique.
Les données récentes montrent que la transmission interhumaine joue désormais un rôle central dans les flambées actuelles, notamment à travers les contacts étroits, y compris les contacts sexuels [4, 5]. À cela s’ajoute la co-circulation de différents clades viraux, qui complexifie davantage la surveillance et la compréhension de l’évolution de la maladie [6, 7].
Cette évolution marque un véritable changement de paradigme : le Mpox circule désormais au sein des foyers, dans les quartiers, et les communautés de proximité.
Autrement dit, le contrôle de l’épidémie ne dépend plus uniquement des structures de santé. Il dépend également de la capacité des communautés à reconnaître les symptômes, à consulter rapidement et à adopter les mesures de prévention recommandées.
3. Le retard de consultation, le silence et la stigmatisation : des facteurs qui entretiennent la transmission
Dans plusieurs épidémies documentées, un constat revient constamment : plus la consultation est tardive, plus la transmission silencieuse s’installe [8]. Le Cameroun n’échappe pas à cette réalité.
Chaque cas non diagnostiqué à temps devient un point potentiel de diffusion. Chaque silence devient une chaîne invisible de transmission. La stigmatisation, la peur du rejet social et la désinformation contribuent également à la propagation de la maladie [13]. Les comportements de santé sont en effet fortement influencés par les perceptions sociales, culturelles et émotionnelles du risque [14].
Ainsi, lorsqu’une personne cache ses symptômes ou retarde sa consultation, elle ne se met pas seulement elle-même en danger ; elle augmente aussi le risque de transmission au sein de sa famille, de son entourage et de sa communauté.
4. Une réponse sanitaire est déployée, mais a besoin d’un relais humain
Face à l’épidémie, le Cameroun a activé des mécanismes structurés de riposte, notamment à travers la coordination nationale des urgences sanitaires, le renforcement de la surveillance épidémiologique et le déploiement progressif de la vaccination dans les zones les plus touchées.
Ces interventions sont essentielles et ont démontré leur efficacité dans la réduction de la transmission du Mpox [9]. Toutefois, une réalité de terrain s’impose : la logistique et les interventions médicales ne suffisent pas à elles seules. Les analyses internationales montrent que le succès des stratégies de contrôle dépend fortement de la communication du risque, de la confiance communautaire et de la participation active des populations [10, 11, 12].
Sans l’adhésion des communautés, même les meilleures interventions techniques peinent à produire les résultats attendus.
La lutte contre le Mpox ne se joue donc pas uniquement dans les centres de santé ; elle se joue aussi au cœur des familles, des quartiers et des communautés.
5. L’engagement des communautés : levier décisif de la riposte
Les données scientifiques sont aujourd’hui sans équivoque : aucune stratégie de santé publique ne peut produire des résultats durables sans un engagement actif des communautés [15, 16].
Les communautés ne constituent pas un simple complément à la réponse sanitaire ; elles en sont l’un des piliers. Elles contribuent à la détection précoce des cas, à l’orientation rapide vers les structures de santé, à la réduction des comportements à risque, à la lutte contre les rumeurs et la désinformation, ainsi qu’à l’accompagnement des personnes affectées.
Dans ce contexte, les agents de santé communautaires, les leaders locaux, les associations, les familles et les jeunes deviennent de véritables acteurs de la surveillance et de la prévention. Leur proximité avec les populations leur permet d’identifier plus rapidement les situations à risque et de renforcer l’adhésion aux mesures de santé publique [17, 18].
L’épidémie de Mpox au Cameroun rappelle une réalité souvent sous-estimée : les systèmes de santé ne fonctionnent pas en vase clos. Ils évoluent au sein de communautés où la confiance, l’information et la solidarité sont parfois aussi importantes que le traitement médical ou les vaccins.
Les expériences récentes de gestion des épidémies montrent d’ailleurs que les stratégies les plus efficaces sont celles qui associent étroitement surveillance épidémiologique, communication adaptée et participation communautaire structurée [19].
Face à une maladie qui circule désormais au sein des communautés, la riposte doit elle aussi devenir profondément communautaire.
6. Le Mpox se contrôle là où les gens vivent, pas seulement là où les soins existent
Le Mpox au Cameroun n’est pas uniquement un défi biologique ou médical. C’est également un défi social, comportemental et collectif.
Les autorités sanitaires peuvent organiser la riposte, renforcer la surveillance, déployer les vaccins et coordonner les interventions. Mais leur succès dépend en grande partie de l’adhésion et de la participation des populations.
Chaque consultation précoce, chaque cas signalé, chaque information partagée et chaque geste de prévention contribue à freiner la transmission du virus.
Dans cette épidémie, une vérité s’impose : le silence favorise la circulation du Mpox, tandis que l’engagement des communautés peut l’arrêter.
Parce qu’au final, les épidémies ne se contrôlent pas uniquement dans les hôpitaux ou les centres de santé. Elles se contrôlent aussi là où les gens vivent, travaillent, échangent et prennent soin les uns des autres.
Références
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Andelson Miaffo Motazeu
