Atelier labellisé One Health Festival, l’événement a été organisé par Youth for Health and Development of Africa (YOHEDA) en prélude au One Health Summit de Lyon, Kribi, Cameroun, mars 2026
Ces 6-7 avril 2026, à Lyon, des chefs d’État, des représentants d’organisations internationales et d’entreprises se sont réunis dans le cadre d’un sommet consacré au One Health, cette approche qui reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale.
En prélude à ce rendez-vous mondial, l’organisation Youth for Health and Development of Africa en partenariat avec le Think Thank The Okwelians a organisé à Kribi, au Cameroun, un atelier labellisé One Health Festival et intitulé « One Health : Jeunes, femmes et savoirs endogènes pour transformer ». Une vingtaine de personnes s’y sont retrouvées. Pas des chefs d’État. Des représentants institutionnels, des médecins, des tradithérapeutes, des herboristes, des femmes leaders communautaires, des jeunes militants environnementaux. Ce qu’ils ont dit, et ce que la nature nous a montré, mérite d’être entendu jusqu’à Lyon.
Un réservoir Thérapeutique naturel
Environ 85 % des Africains utilisent régulièrement les services des guérisseurs traditionnels et des remèdes à base de plantes pour leurs soins de santé1. Au Cameroun, près de 820 espèces de plantes sont exploitées à des fins médicinales, dont des espèces emblématiques comme l’Écorce de prunier africain (Prunus africana), le Njansan (Ricinodendron heudelotii), ou le foléré (Hibiscus Sabdariffa) ². C’est une pharmacopée d’une richesse extraordinaire, et pourtant, la quasi-totalité de ces plantes ne font l’objet d’aucune étude clinique sérieuse, d’aucune protection juridique, d’aucune valorisation économique structurée.
Durant l’atelier, nous sommes sortis de la salle, et ce que la nature nous a montré était à la fois magnifique et alarmant : des plantes aux vertus multiples, accessibles, utilisées depuis des générations pour soigner des fièvres, des inflammations, et bien d’autres. Des ressources qui côtoient nos plages et nos maisons, et pourtant inconnues du grand public, non documentées scientifiquement, non protégées, et en voie d’extinction silencieuse.
Ce n’est pas un problème culturel ou esthétique. C’est une urgence de santé publique.
La Covid-19 : une opportunité à saisir
La pandémie de Covid-19 a mis ce paradoxe en pleine lumière. Face à un virus sans traitement établi, des solutions ont surgi là où personne ne les cherchait, de l’environnement. Des plantes médicinales comme l’Artemisia ont été identifiées comme pistes thérapeutiques potentielles. À Madagascar, un essai clinique a indiqué une efficacité de 87,1 % du Covid-Organics, à base d’extraits d’Artemisia, pour le traitement des formes légères à modérées3.
Combien de molécules actives attendent encore dans nos forêts camerounaises, faute de ressources financières, matérielles, ou même humaine ? La pandémie a offert une occasion en or de repositionner la pharmacopée africaine au cœur de la recherche mondiale. Il ne faut pas attendre la prochaine catastrophe sanitaire pour agir.
Les femmes et jeunes : piliers et passerelles
En Afrique, les femmes jouent un grand rôle dans le système de santé informel et détiennent une part essentielle des savoirs endogènes. Prenons l’exemple des accoucheuses traditionnelles. Dans les zones rurales reculées, ce sont les matrones qui prennent le relais, identifient les grossesses à risque, détectent les complications. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 390 femmes perdent la vie pour 100 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne, cinq fois la cible des Objectifs de Développement Durable. Ce chiffre pourrait baisser en formant ces matrones, en les reconnaissant, en les impliquant et en les intégrant comme premier maillon d’une chaîne de soins.
Plus largement, les femmes transmettent les savoirs botaniques de génération en génération, préparent les décoctions, savent ce qui soigne l’enfant fiévreux au village à trois heures de la route. Elles sont le socle de la famille, premier système de santé du Cameroun.
Quant aux jeunes, armés du numérique et de plateformes de documentation participatives, ils peuvent devenir les ethnobotanistes de leur propre communauté. Ils sont le pont entre le savoir des aînés et les outils de la science moderne. Encourager l’implication des jeunes dans les questions liées au One Health serait un atout précieux. Ce ne sont pas les acteurs de demain, mais ils sont l’outil le plus disponible aujourd’hui.
Coexister sans s’inhiber : le One Health que nous construisons
Lors de l’atelier, un médecin a dit une chose très importante. En substance : tous les types de pratiques médicales peuvent coexister, à condition que l’une n’inhibe pas l’autre. Coexister sans s’annuler.
Ce n’est pas du relativisme médical. C’est du réalisme sanitaire. Et c’est la définition la plus honnête du One Health dans notre contexte : non pas un système qui absorbe les savoirs endogènes pour les neutraliser, mais une architecture dans laquelle chaque acteur joue un rôle précis et reconnu.
Trois urgences concrètes
Premièrement : financer la documentation et la protection du patrimoine phytothérapeutique africain. Pas pour le muséifier, mais pour le valider scientifiquement et l’intégrer aux protocoles de soins là où les preuves le permettent.
Deuxièmement : reconnaître et intégrer les savoirs endogènes comme maillons du système de santé, avec un statut, une formation continue et une articulation claire avec les structures médicales formelles.
Troisièmement : créer des programmes intersectoriels de préservation des savoirs endogènes, portés par les jeunes, en lien avec les politiques de protection de la biodiversité et de lutte contre la déforestation.
1. OMS (2019). WHO Global Report on Traditional and Complementary Medicine 2019. Organisation mondiale de la Santé, Genève.
2. Jiofack T. et al. . Ethnobotanics and phytomedicine of the upper Nyong valley forest in Cameroon. African Journal of Pharmacy and Pharmacology, International Journal of Medicine and Medical Sciences Vol. 2(3), (2010): 60-79
3. Efficacy and Safety of CVO PLUS CURATIF Capsules, Malagasy Improved Traditional Medication for Treating COVID-19: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial. Archives of Clinical and Biomedical Research 6 (2022): 817-825.
Dr Tchuenkam Andréa,
Médecin, engagée dans les questions de santé globale
Secrétaire Exéccutive Youth for Health and Development of Africa
